TÉMOIGNAGE : Le cancer m’a t-il rendu ennuyeuse ?

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Lindsay banniere

Le 11 octobre 2016, Lindsay a découvert une grosseur dans son sein à 33 ans.

Quand on m’a diagnostiqué un cancer, il n’y avait pas grand chose à dire. Je pourrais parler de mon désarroi quand je l’ai appris, je pourrais parler du portacath installé dans ma poitrine, je pourrais parler de ma première chimio… On aurait dit qu’il se passait quelque chose de nouveau tous les jours. Même lorsque j’ai commencé la chimio, et les séances suivantes, je pouvais parler de ce que je ressentais : il y avait les problèmes de digestion, la perte des cheveux, la perte de mes papilles gustatives… et soudain, plus rien de nouveau.

Tout est identique maintenant. Je sais à quoi m’attendre. Je m’assois sur le canapé. Je me sens pas bien. Je ne sors pas vraiment, excepté quand j’y suis obligée, et lorsque cela arrive, cela ne dure jamais bien longtemps. Par moment, je le redoute. Ma vie est officiellement ennuyeuse. De quoi discuter ? J’attends juste mes prochaines séances de chimio. Ou mes prochaines analyses. Ou mes prochaines injections.

Je ne suis plus la même personne. Des amis que je n’avais pas vu depuis des années viennent me rendre visite. C’est sympa de se retrouver mais je suis vite fatiguée alors ils ne restent jamais longtemps. Puis il y a les amis avec qui j’avais l’habitude de passer du temps, mais maintenant que j’ai un cancer, nous nous sommes comme éloignés. 

De quoi sommes-nous supposés discuter ? Du cancer ? Ce n’est pas particulièrement amusant…

Bien sûr, il y a mes amis proches qui viennent meme lorsque je n’en ai pas particulièrement envie et qu’il m’oblige à me promener dehors. Ils organisent des soirées jeux de société pour que je garde une vie sociale. 

J’ai l’impression que si je n’en ai plus du tout, je vais oublier comment communiquer avec les gens. Je vais sortir de ce cancer complètement inadaptée et bloquée dans ma maison dans tous les cas… par manque d’amis, à cause de ma santé.

Cela fait trois mois que j’ai un cancer.

Quand je reste à l’intérieur toute la journée, je ne porte pas ma perruque. Je porte des bonnets et des pyjamas. Pour le déjeuner, je m’aventure parfois au bout de la rue pour un sandwich. Tout mon entourage sait que j’ai un cancer et tout le monde me traite différemment, ils sont tous beaucoup trop gentils. 

Mais cette femme du bout de la rue, elle n’a pas changé de comportement. Parfois, elle est gentille mais aussi caractérielle et désagréable. Je ne sais pas si elle sait ou pas. Peut-être pense t’elle que mes cheveux sont encore sous mon bonnet et que je suis en pyjama à 14h parce que je travaille de nuit… Quelques fois, j’ai envie de lui dire, mais nous ne connaissons même pas nos prénoms et nous nous échangeons seulement quelques sourires… dans ses bons jours. La dernière fois, j’ai eu l’impression que son sourire était différent mais peut être que c’est juste moi qui ait besoin d’attention. 

Ces jours-ci, je travaille depuis chez moi. J’écris des articles et rédige des interviews en passant par le téléphone. J’interroge des entrepreneurs prospères. Ils ne savent rien de moi, et encore moins de mon cancer. Alors que je les questionne sur leurs vies et leurs activités, ils ne savent pas que je ne me trouve pas dans un luxueux bureau. Ils ne savent pas que je suis assise sur mon canapé, en pyjama et complètement chauve sous mon bonnet. 

Ce week-end, je suis sortie volontairement avec mon compagnon Manny. Je me sentais bien. Au milieu de la journée, et vraiment loin de toutes commodités, mon estomac a commencé à faire des siennes. Vous vous rappelez de ces problèmes de digestion ? Je savais que j’avais environ 90 secondes avant de me retrouver en mauvaise posture. Nous sommes arrivés aux toilettes juste à temps. J’ai jeté un coup d’oeil à la longue queue, prête à aller faire un bosquet un peu plus loin.

Manny, cet ange formidable, s’est avancé et a utilisé ma « carte cancer ». Il m’a tout de suite fait un signe de la main, et toutes les femmes m’ont regardé avec compassion. Je portais une perruque, un chapeau et un bel ensemble, vu de l’extérieur, j’étais complètement normale. Je me suis même dit que je pouvais un peu bouger ma perruque afin qu’elles sachent que je ne mentais pas. Mais juste en les regardant, j’ai vu qu’elles me croyaient. Elles m’encourageaient même. 

J’ai retenu une leçon de cette histoire :

Peut-être que le cancer n’est pas si ennuyeux. Peut-être qu’il reste des sujets de conversation. Peut-être que j’ai juste besoin de m’en rendre compte. Peut-être que je devrais juste sortir de ce canapé. Rire un peu; Raconter une blague à la vendeuse de sandwiches.  

 

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Lindsay Delong est la rédactrice en chef de « The Fullest » mais également hôtesse de l’air. Ses voyages et ses écrits l’ont fait voyager dans le monde entier. Mais, son cancer, diagnostiqué à l’age de 33 ans a stoppé net cette vie. Tu peux la contacter par mail lindsaydelong@gmail.com ou sur les réseaux sociaux @lindizzaster.

Si tu veux apporter ton soutien c’est par ici ou tu peux aussi télécharger l’application gratuite « Check Yourself! » pour apprendre à faire ton autopalpation.

Article original ici

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